Nell Sin, une météorite polonaise dans le ciel français

Niebko, premier disque, premier coup de maître : Nell Sin est seule aux machines et aux voix. Coup de projecteur sur une météorite polonaise dans le ciel français.

Accords exigeants, mélodies audacieuses finement tissées de sonorités électroniques ; instruments méconnaissables, enrôlés de force par des rythmiques autoritaires : tout tient en un fort bel équilibre très maîtrisé. Les mots en anglais tombent, aériens, comme depuis un nuage lourd et métallique, se répandant en pluies nordiques assumées. Et là, une artiste prend son envol, dans un ciel onirique et froid digne des tempêtes polonaises que n’aurait renié aucun Chopin. Nell Sin part en voyage, en quête d’une identité poétique et sonore. Effrontée, tendre, aérienne, emportée, elle  pousse une grande voix aux confins d’un ciel noir, déchiré, argenté et violent, allergique à toute sorte de facilité.

« Something is going to happen » est le premier single de l’album « Niebko ». Une sorte d’introduction ouvrant sur le lyrisme urgent et décapant de Nell Sin. Oui. Les trains passent vite, dans ce monde étrange. Il s’agit de sauter dans le bon wagon, qui nous emmènera vers d’autres horizons. On ne sait pas lesquels. Mais ici ce n’est pas assez, et c’est bien ce que semble nous chanter cette voix habitée, tout au long du disque.

Il y a aussi des titres rétro-électro, emmenés par une voix aussi belle que tyrannique, nous imposant son talent incontestable : « Violence » est un bijou vocal sous fond d’accordéon, d’orgues d’église et de banjos. Etrange. Une petite visite dans le monde déjanté de « Cobweb » nous rappelle aussi que l’ange roux sait jouer du clavecin. Mélodies surprenantes, harmonies renversées. Envols arrêtés net, circonvolutions, chutes douces, remontées dans les airs à la vitesse du Diable : des morceaux comme « Fathom out » ou « Hover over the Devil’s back » valent aussi le détour. Enfin, la jolie ballade « Niebko », en point d’orgue de l’opus, laisse planer une saveur d’éternel, emprunte de douceur enfantine, mais sans naïveté. Belles voix, piano chaleureux, un au revoir au clavecin et à la harpe, une note finale surprenante pour un album hanté. Hanté par quoi ? On ne le sait pas encore. Mais ce premier album n’est que le premier d’une longue liste, à n’en pas douter. On finira donc bien par le savoir.

Avec plus de 45 dates en 2013, la pianiste/chanteuse virtuose, seule dans ses horizons étranges, emmène son public là où elle le veut, regardant droit où son destin la mène. Le rythme de ses machines et la couleur baroque de ses accords lui promettent un avenir radieux.

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