Katell Martin, coordinatrice AnCRE

Katell Martin coordonne un dispositif innovant intégré au théâtre le Quai : AnCRE > Angers Centre de Ressources Européennes. Cette jeune structure-ressources, qui a démarré ses activités début 2008, tente d’apporter quelques réponses à des questions récurrentes dans le secteur culturel et artistique.

Qu’est-ce que AnCRE ?

AnCRE, basé au théâtre Le Quai, est une cellule d’appui aux acteurs de l’économie culturelle et créative du territoire dans la création ou le développement de leur activité.
Elle propose des services innovants en complémentarité avec le double positionnement du théâtre à travers sa programmation : ancré sur le territoire local et ouvert sur l’international.
Sa finalité : promouvoir culture et diversité culturelle comme leviers d’innovation et de développement territorial.
Plusieurs axes de développement :

  • Un pôle Accompagnement des acteurs à travers un centre de documentation et une palette de rencontres sous plusieurs formes, selon les besoins et les publics. Depuis début 2008 se sont tenus des ateliers [l’entrepreneuriat culturel et créatif] ou [la construction d’une offre à l’entreprise], des groupes de travail [la réponse des créatifs aux marchés publics], des conférences [les clusters culturels]…
  • Un point d’entrée, en cours de création, pour les porteurs de projets culturels européens sur les dispositifs de financement et les différentes orientations de l’Union européenne ;
  • Une plateforme, en cours de développement, réunissant les acteurs de la filière créative dans les domaines de la formation, de la recherche, et de l’entreprise.

Des rencontres ont déjà permis, par exemple, de rapprocher étudiants et professionnels du secteur.
Plusieurs projets de valorisation de la création d’entreprise créative et de la création artistique sont à l’étude, en partenariat avec un réseau de structures extérieures compétentes. Ainsi AnCRE s’adresse-t-il aux entrepreneurs culturels et créatifs quels que soient leur statut.

A propos du rapprochement entre artistes et entreprises, quels conseils donneriez-vous aux artistes en recherche de mécènes ?

Nous ne sommes pas spécialistes du mécénat, pour autant nous pourrions dire qu’à chaque projet et à chaque structure son type de mécénat, l’idée étant de faire se rencontrer des envies voir des valeurs communes.

Le mécénat peut donc prendre toutes les formes imaginables, les plus connues étant le mécénat financier, le mécénat de compétences… Bien sûr il y a une méthodologie à respecter dans le montage du dossier, mais il s’agit avant tout d’une histoire et d’une rencontre d’Hommes.

Il existe aussi des formes originales de coopération et de rapprochement entre les artistes et l’entreprise, au-delà du seul mécénat (exemple : les ateliers de Rennes, Biennale d’art contemporain).
Les porteurs de projets pourront s’orienter vers les DRAC, l’ADMICAL, le site internet du Ministère de la Culture dédié au mécénat,… De multiples conférences ou ateliers sont aussi organisés sur ce sujet.
Ainsi on trouve par exemple en ligne sur internet le compte rendu audio et écrit d’une conférence sur le mécénat culturel organisée en mars dernier à Nantes.

Le mécénat est-il une forme de « sponsoring » ?

Le mécénat se traduit par le versement d’un don à un organisme pour soutenir une œuvre d’intérêt général. Si le bénéficiaire est éligible au mécénat déductible, le don ouvre droit, pour les donateurs à certains avantages fiscaux. Par ailleurs, l’entreprise donatrice peut maintenant bénéficier de certaines contreparties en communication et relations publiques, dont la valeur doit néanmoins demeurer dans une « disproportion marquée » avec le montant du don.

Le mécénat doit donc être clairement distingué du parrainage, terme assimilable à l’anglais « sponsoring ». Les dépenses engagées dans le cadre d’opérations de parrainage sont destinées à promouvoir l’image de marque de l’entreprise. Le parrainage répond donc à une démarche commerciale explicitement calculée et raisonnée, sa retombée doit être quantifiable et proportionnée à l’investissement initial.

Concernant les artistes débutants, de quels organismes peuvent-ils se rapprocher ?

Ici encore cela dépend de l’activité artistique. Globalement, il existe un déficit de lieux qui rassemblent l’ensemble des informations nécessaires au démarrage et à la gestion d’une activité artistique.
Certaines agences de l’ANPE disposent d’une équipe culture/spectacle qui organise des réunions d’informations et dont les conseillers peuvent accompagner les professionnels.
Les DRAC et ADDM offrent également des services de conseil. Certaines régions disposent enfin d’une agence culturelle régionale.
Enfin il existe des associations et des collectifs ressources (généralistes ou par discipline) qu’il faut repérer sur les territoires.
Les artistes peuvent aussi recourir à des guides écrits généralement consultables dans les structures ci-dessus mentionnées.

Et en cas de problèmes administratifs ou juridiques, vers qui un artiste peut se tourner ?

Tout d’abord cela dépend de son métier et de son statut. Il n’existe pas de lieu institutionnel présent dans chaque département, mais il existe des lieux-ressources, souvent travaillant en lien avec l’ANPE.
Pour un artiste visuel, s’il vit de son activité, il est enregistré à la Maison des Artistes (plasticien) ou l’AGESSA (audiovisuel). Par ailleurs la sphère internet peut être une bonne source d’informations et d’échanges de conseils et d’expériences.
Pour un artiste du spectacle vivant (intermittent), il doit s’adresser à la caisse ASSEDIC dont il dépend.

Aujourd’hui, qu’en est-il du statut d’intermittent du spectacle, quelles sont les alternatives ?

Il n’existe pas d’alternative à part le mode salarié ou entrepreneur. Les modalités d’accès à ce statut ont été remaniées pour des raisons budgétaires de sorte qu’il est plus difficile de garantir son statut.
Mais là aussi il y a beaucoup de différences d’un intermittent à l’autre, à commencer par son métier.
Concernant le mode salarié, l’intermittent peut être directement salarié par la structure qui l’embauche ou par une structure intermédiaire qui va facturer une prestation.

Selon vous quels sont les principaux changements auxquels il faut s’attendre dans les prochaines années ?

La part de financement de la culture s’est inversée, désormais environ 1/3 provient de l’Etat et 2/3 des collectivités.
Le système à la française est remis en cause et les approches politiques et économiques du financement de la culture ont radicalement changées.
Cela implique pour le milieu artistique de repenser certaines façons de travailler pour continuer à travailler et garantir une indépendance créative.
Le développement du secteur culturel doit de plus en plus s’appuyer sur un véritable travail de réseau, de partenariats en transversalité et d’ouverture vers des coopérations nouvelles et diversifiées que ce soit avec le privé ou avec d’autres acteurs du territoire.
Il est également essentiel pour les acteurs de raisonner désormais dans un contexte européen. Ils ont leur rôle à jouer dans la construction d’une Europe de la culture, doivent se considérer comme acteurs du développement des territoires et à ce titre envisager de travailler avec les autres acteurs (économiques, sociaux…). Cette approche est désormais incontournable.

Katell Martin, Lartino vous remercie pour le temps précieux que  vous avez accepté de nous consacrer et nous rappelons que la prochaine réunion du groupe de travail « Créatifs et marchés publics » se tiendra le vendredi 12 décembre au Quai.

Retrouvez toutes les actualités de AnCRE sur son profil Lartino.

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